Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Famille Tricou, à Saint-Chinian
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"D'azur, à trois têtes de maure de sable"

La famille Tricou, originaire de Montpellier, a donné au 18ème siècle trois générations d'inspecteurs des manufactures de draps, officiant à Lodève, Castres, Saint-Pons-de-Thomières, et à Saint-Chinian où ils s'installent au milieu du 18ème siècle.
La singularité de ce parcours familial est le long séjour dans l'Empire ottoman, de Dominique Tricou, le premier de la lignée des inspecteurs, et son mariage à Constantinople.


Constantinople, au 18ème siècle

Dominique Tricou (1691-1766), fils d'un maître cordonnier montpelliérain, est un jeune négociant, en 1717, lorsqu'il est envoyé par ses confrères dans l'Empire ottoman pour "la défense des draps et laines languedociens aux Echelles de Levant". Il y réside plus de 18 ans, jusqu'en 1735, et s'y marie vers 1724 avec Jeanne Marie Françoise Brüe, fille du drogman de la Porte ottomane, dont il a au moins deux enfants. Les Brüe sont une famille de drogmans auprès de l'ambassadeur de France, assurant depuis le 17ème siècle ces fonctions d'interprètre et consulaires dans l'Empire ottoman (1).

En 1738, une nouvelle mission à Constantinople est confiée à Dominique Tricou par les Etats de Languedoc, afin de créer une maison de commerce languedocienne, indépendante de celles de Marseille, port qui bénéficie du monopole de l'exportation des draps vers le Levant.
Définitivement rentré en France en juin 1739, il est nommé, en 1740, inspecteur des manufactures de drap à Lodève, puis à Castres en 1743, enfin à Clermont en 1744, où il obtient la désignation de son fils Jean Baptiste Gaspard pour le seconder à l'inspection de Lodève. A son arrivée à Clermont, il s'oppose à Jean Pelletan, l'un des principaux fabricants, et à Mathieu Pradier, cousin et futur beau-père de ce dernier, comme il l'écrit à l'intendant du Languedoc: " ... je ne vous cacheray point que tout cela m'inquiette et que je crains que la patience ne m'échappe à la fin et ne me porte à quelque facheuse extrémité contre ce faquin et que je ne luy coupe le visage". (2).
Dominique Tricou se retire du service en 1756, et obtient une pension annuelle de 800 livres. Il est décédé, en 1766, à Saint-Chinian, où il s'était établi.


Réglementation concernant les draps du Languedoc

Jean Baptiste Gaspard Tricou, né à Constantinople en 1726, aurait aidé son père dans les tâches d'inspection des manufactures dès l'âge de 18 ans.
En 1749, il est nommé inspecteur d'abord à Lodève, puis à Saint-Pons en 1750. A la retraite de son père en 1756, il lui succcède au poste de Clermont et Lodève. Il poursuit ensuite sa carrière à Saint-Pons et Saint-Chinian de 1759 à 1786.
En 1750, il a épousé, à Lodève, Madeleine Duperroy, dont il a au moins sept enfants; la famille d'abord à Lodève, s'installe à Saint-Chinian vers 1766.
En 1786, les trois inspections de Carcassonne, de Clermont et de Saint-Chinian, sont réunis avec à leur tête Jean Baptiste Gaspard Tricou désormais secondé par son fils Jean Victor Herménégilde.
En 1781, Jean Baptiste Gaspard Tricou est un des fondateurs et le premier Vénérable de la loge maçonnique de Saint-Chinian La Liberté, haut gradé de la franc-maçonnerie, initié dès 1747.
Après 52 ans de service, en 1792, une pension de 2000 livres lui est accordée. Son rôle durant la Révolution est effacé, comme l'écrit son fils :"on ne peut même pas lui reprocher d'avoir discuté aucune opinion, parce qu'il parle peu, par caractère, et qu'il ne s'occupe de politique que pour lire 2 ou 3 fois la même gazette, dont il oublie presque aussitôt le contenu" (3).
Il est décédé en 1802 à Saint-Chinian.

Jean Victor Herménégilde Tricou, à Lodève en 1753, a fait ses études au collège royal de Pézenas. Il est de retour en 1772 chez son père à Saint-Chinian, où il apprend la draperie chez le meilleur fabricant du lieu, ce qui lui vaut les propos médisants d'un fabricant jaloux :"ce jeune homme qui n'a jamais su ce que fabriquer, n'est occupé, depuis un an qu'il est venu ici qu' à jouer aux cartes, qu'avec sa basse de viole, et que courir les cabarets, les rues pendant la nuit et les filles de mauvaise vie".
A 28 ans, en 1781, devenu avocat au parlement, il est l'un des fondateurs avec son père de la loge maçonnique de Saint-Chinian, dont il est secrétaire.

La même année, il est admis élève inspecteur des manufactures en poste à Nîmes; en 1783, il est sous-inspecteur à Moulins, puis en 1785 à Sedan. En 1786, il rejoint le Languedoc, inspecteur à Carcassonne et Clermont, sous les ordres de son père toujours posté à Saint-Chinian, jusqu'à la suppression des jurandes en 1791, et de la fonction d'inspecteur en 1792.

Il a un rôle actif pendant la Révolution, maire de Saint-Chinian de 1790 à 1791, président du club local des Jacobins ou "société populaire de Vernodure" en 1794. Agent municipal en 1797, il redevient maire sous le Directoire de 1799 à 1805, avant d'être nommé receveur buraliste de Saint-Chinian, tout en poursuivant des activités de négociant.

En 1800, Jean Victor Herménégilde Tricou, alors âgé de 47 ans, épouse la très jeune Claire Fourcade,17 ans, d'une famille de fabricants saint-chinianais.

En 1810, il retrouve ses anciennes fonctions de surveillance en tant qu'inspecteur des manufactures pour l'habillement des armées.
Ce qui ne l'empêche pas de développer pour son compte la fabrication de draps et d'installer le premier atelier mécanique à Saint-Chinian, obtenant en 1814 l'autorisation de construire un barrage sur le Vernazobres, au-dessous du moulin foulon du Saut, qui lui appartient, pour conduire les eaux jusqu'à "une machine hydraulique qui ferait mouvoir plusieurs assortiments à filer la laine", poursuivant cette activité jusqu'en 1835.
Il est décédé dans son domaine de Trianon en 1848, laissant deux filles: Clarisse, directrice des postes de Saint-Chinian, mariée à Adolphe Arnaud, fabricant de draps, et Victorine, épouse de Jean Pierre Ducros, manufacturier de faïence à Castres.


Notes:
(1) "Les Tricou, inspecteurs des manufactures en Languedoc au XVIIIe siècle", par Jean-Denis Bergasse et Didier Porcer, dans le bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (2009-2010)
(2) "Clermont de Lodève 1633-1789: Fluctuations in the Prosperity of a Languedocian cloth-making town" par J. K. J. Thomson
(3) AD 34 L 5051

Notes généalogiques concernant la famille Tricou
(notice à compléter)

- Jean Etienne TRICOU
né vers 1627,
marié, en 1655, avec Madeleine SABATIER,
décédé en 1697,
d'où :
- Jean TRICOU
prêtre, béneficier de la cathédrale de Narbonne.

- Marthe TRICOU
mariée à François DACHE, procureur à la cour des aides et des comptes de Montpellier,
d'où,

- Marie Thérèse DACHE
mariée, en 1764, à Pierre Jean Joseph D'ESPIC DE LEROU, président à la cour des aides et des comptes de Montpellier (1764),
d'où postérité.

- Guillaume TRICOU
né en 1666, à Montpellier,
cordonnier,
marié en 1688, à Suzanne GALABERT,
d'où :

- Dominique TRICOU
né en 1691, à Montpellier
négociant de Montpellier,
inspecteur des manufactures, à Clermont-Lodève, Castres,
marié, entre 1720 et 1725 , à Constantinople, avec Marie Françoise BRÜE, fille du premier drogman de la Porte Otomane,
décédé en 1766, à Saint-Chinian,
d'où:
- Jean Baptiste Gaspard TRICOU
né à Constantinople vers 1726,
inspecteur des manufactures,
marié, en 1750, à Lodève avec Madeleine DUPERROY (v1732-1805),
décédé à Saint-Chinian, le 8 février 1802,
d'où, entre autres enfants
- Jean Victor Herménégilde TRICOU
à Lodève, en 1753,
inspecteur des manufactures, receveur buraliste, négociant,
maire de Saint-Chinian (1790-1791 et 1797 et 1799-1805),
marié, en 1800, à Claire FOURCADE (1783-1811),
décédé à Saint-Chinian, en son domaine de Trianon, le 24 janvier 1848,
d'où:
- Victorine TRICOU
née à Saint-Chinian le 9 septembre 1801,
mariée en 1826 à Jean Pierre DUCROS (1797-1846), ancien garde du corps du roi, faïencier à Castres,
décédée à Castres le 10 octobre 1878,
d'où postérité

- Clarisse TRICOU
née à Saint-Chinian en 1804,
directrice des postes, à Saint-Chinian,
mariée en 1827 à Adolphe ARNAUD, fabricant à Saint-Chinian,
d'où:

- Marie ARNAUD
née à saint-Chinian en 1828,
mariée en 1847 à son cousin Auguste FOURCADE, fabricant à Saint-Chinian,
d'où postérité.
- Marie Madeleine Christine TRICOU
née à Lodève en 1760,
mariée à Saint-Chinian, en 1796, avec Jean Joseph Marc MIREPOIX (1768-1848) lieutenant d'infanterie,
décédée en 1818, à Saint-Chinian,
d'où postérité.

- Angélique Félicité TRICOU
née vers 1761, célibataire,
décédée le 21 mars 1807, à Saint-Chinian "dans sa maison d'habitation n° 246, size a la rue des Tisserands"

- Monique Adélaïde TRICOU
née vers 1764, religieuse, institutrice,
décédée le 17 septembre 1832, à Saint-Chinian

- Félix Henri Bruno TRICOU
né à Saint-Chinian, le 30 mai 1770,
directeur de l'enregistrement à Toulouse,
marié en 1800 à Claire de DREE (1785-1803)
décédé à Toulouse, en 1841,
d'où:

- Elisabeth Madeleine TRICOU
née en 1803,
mariée à Louis D'ALBARET,
d'où postérité,
remariée en 1832 à Léon DESOMBS, vicomte de FAJAC, chef d'escadron,
d'où postérité,
décédée en 1854, à Toulouse,

- Elisabeth Thérèse TRICOU
mariée, en 1742, avec Joseph MARTIN, notaire royal de Lodève

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