Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Les gentilshommes verriers protestants :

Extrait de : "Les verreries forestières de Moussans" (1450-1890) par Francis de RIOLS de FONCLARE - 1925 (voir le sommaire).
("La Réforme" - suite)

"Voyons quelles influences de la Réforme sur la situation des gentilshommes verriers de la région Moussanaise.
La vie dans les bois avait influé sur le caractère des gentilshommes verriers, ils étaient très épris d'indépendance et ils supportaient difficilement les règlements émanant du pouvoir royal ou de l'Intendant, tendant à restreindre de plus en plus leurs libertés professionnelles. Ajoutons à cela, la proximité des centres protestants de Castres, de Mazamet, de Labastide-Rouairoux, d'Anglès qui devaient influer sur l'orientation de la plupart d'entre eux pour le nouveau dogme.

Nous voyons de très nombreux membres des familles de Riols, de Robert, prénommés Isaac, Samuel, Nathanaël, Elie, David, Abel, indiquant une origine biblique, apparaître, dès 1550, dans tous les actes de vente, de mariage, de naissance.
En 1745, Robert Saint-Paulit alla prêcher le protestantisme à Moussans. Décrété de prise de corps par l'Intendant de Languedoc, Lenain, il put échapper et éviter d'être mis en geole au château de Ferrières.

Voici quelques faits qui méritent d'être signalés :
Samuel de Riols, seigneur de Moussans et de la Boissonnade, épousa le 31 mars 1664, Marguerite de Rozel (ou Rosolph, ou Rozoul). Samuel de Riols, fils de David et Anne Imbert était le descendant du troisième fils de Bernard de Riols, premier de nom, sieur de Bourgue, vivant l'an 1480.
C'est la branche des Riols, seigneurs d'Espinassier, qui eut comme ramification la branche de Rieussequel.
Signalons qu'en 1649, Samuel de Rosolph habitait Saint-Amans, il était propriétaire des métairies de Bellesier, de la Castellane, des Grimares et de la Borio petite. Samuel de Rosolph était conseiller à la Chambre de l'Edit à Castres. Il avait épousé damoiselle de Riols, qui lui apporta en dot la ferme de Rieusséquel.
Dans le remarquable ouvrage de M. Rey-Lescure, publié par M. Gaston Tournier qui en acheva la rédaction, nous lisons :
"Pierre et Etienne de Riols, de Saint-Amans, se rendirent, en 1668, de Suisse en Hollande, le dernier était enseigne au régiment anglais de Cambon, le 1er avril 1689".
Ce Pierre de Riols était fils de Samuel de Riols et de Marguerite de Rosel.

Voici l'origine des trois branches de la famille de Riols : Bernard de Riols écuyer, sieur de Bourgues, eut trois fils; suivant l'ordre de naissance :

1) Pierre, écuyer, qui fonda la branche des de Riols, seigneurs de Trémolèdes (ou branche d'Auvergne).
2) Jean, qui fonda la branche des de Riols, seigneurs du Causse et de Crouzet. Les deux rameaux issus de cette branche sont les de Riols de Thaurines (en Rouergue), et les de Riols de Fonclare (en Languedoc).
Cette branche, dès 1550, embrassa le protestantisme.
3) Pierre, écuyer, qui fonda la branche des de Riols, seigneurs d'Espinassier. Une ramification alla s'établir à Saint-Amans, au lieu dit Rieusséquel. Cette branche embrassa aussi la religion prétendue réformée.
Dès cette époque (1550), un culte clandestin s'était établi aux Verreries-de-Moussans, il n'y a aucune erreur possible.
Dès 1667, des plaintes sont adressées à l'évêque de Saint-Pons, contre les calvinistes qui veulent établir leur culte à Verrières.

Ci-dessous, nous allons signaler les actes notariés où il est question de la religion protestante dans les branches de la famille de Riols.

Le testament de noble Jean de Riols, sieur del Causse, habitant à la verrerie du Crouzet, terroir de Rieussec de Minerve, de la R.P.R., mentionne les dispositions ci-dessous :
"Premièrement a recommandé son âme à Dieu le père tout puissant, le suppliant très humblement par le nieule de la mort et passion de son bien cher fils Jésus Christ lui faire pardon et rémission de ses faultes et péchés qu'il a commis en ce monde afin que mourant de la mort des justes il le puisse posséder éternellement dans le paradis, voulant après son décès estre ensevely, en la forme de la religion préthendue réformée dont il fait profession."
Ont signés comme témoins, à cet acte, nobles Jean-François de Robert, sieur de Talibert, Pierre Pailhous, Jacques Albert, Jacques Lanet, noble Jacques de la Roque, sieur del Bosc, noble Etienne de Bertin et Etienne Rouanet, habitants de la Fon de l'Estat.

A ce sujet mentionnons que la puissance paternelle au 17ème siècle n'était pas un vain mot, et qu'il fallait un acte authentique pour enlever un enfant à la "patria potestas" du chef de famille. Cette situation fut encore renforcée par les idées patriarcales puisées dans la lecture de la Bible. A cet effet nous jugeons utile de publier in extenso l'acte d'émancipation de Samuel de Riols, sieur du Plos, fils de Jean de Riols, sieur del Causse.

"L'an mil six cens septante sept et le quinziesme jour du mois de Janvier, dans le lieu du Crouzet, diocèse de Saint-Pons-de-Thomières,
Reignant très chrestien prince Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre,
Par-devant moy, notaire royal dudit Saint-Pons et tesmoings bas nommés, constitués en personne noble Samuel de Riols, sieur du Plos, fils de noble Jean de Riols, sieur del Causse, habitant dud. Crouzet.
Lequel étant à la présence dudit sieur del Causse, son père, à genoux, ayant les mains jointes, luy a dist et représenté qu'ayant asteint l'âge de trente cinq ans et estant marié depuis quelques années, il est dans un état de pouvoir se gouverner et négocier ses affaires, sans avoir besoin de l'authorité paternelle. C'est pourquoy, il a très humblement supplié sond. père de le vouloir émanciper et le tirer hors de sa puissance luy protestant qu'il continuera toujours l'obéissance d'un très fidelle fils.
Sur quoy, led sieur del Causse père, considérant son dit fils être dans un âge compétent pour pouvoir valablement agir et faire ses profits partout lieu sans son assistance, reconnaissant sa sagesse et dicréption, de son bon gred, franche et pure volonté, l'a mis et met hors de la puissance maternelle pour, sans sa participation ni assistance, pouvoir librement agir, contracter, négocier et faire ses autres proffits particuliers, ester en jugement et généralement faire toutes autres choses qu'une personne libre pourroit faire.
En signe de quoy, il luy a donné sa bénédiction, déjoint les mains et levé debout.
Dont acte fait et recitté au lieu que dessus après midy précises le sieur Jacques Crenne et Jacques Albert dud. Saint-Pons, signés et moy Jean-Jacques Pagès notaire."

La branche de Riols de Fonclare professa pendant quelques années le protestantisme, mais dès 1690, il est certain que cette religion fut adjurée pour la religion catholique, sans doute après la mission pacifique de Mgr de Percin de Montgaillard, évêque de Saint-Pons, qui par sa douceur, sa bonté fit plus qu'en employant la violence.

Fonds baptismaux à l'église des Verreries-de-Moussans
Fonds baptismaux à l'église des Verreries-de-Moussans

Dans les archives de la paroisse des Verreries de Moussans, conservées à la mairie de Saint-Pons, l'acte le plus ancien est le suivant :
"Le 6 mai 1696, a été baptisé noble Pierre de Riols, fils d'autre sieur de Fonclare et de demoiselle Jeanne de Robert de la Roque ; parrin noble Jean de Robert, sieur de la Vergnie, marrine demoiselle Marie de Vabre, feme du sieur de la Vergnie.
Signé : Marcouire, curé"
.

Eglise des Verreries de Moussans
Eglise des Verreries de Moussans

Nous savons que par l'édit portant révocation de l'Edit de Nantes, en 1685, les protestants étaient privés de tout Etat-civil ; il n'est donc pas étonnant qu'antérieurement à 1685, nous ne découvrions rien dans les archives conservées à Saint-Pons.
Dans le testament de Marguerite de Riols morte le 4 novembre 1731, à l'âge de soixante et un ans "dans la communion de l'Eglise catholique, où elle entra depuis un an environ", cette disposition semble indiquer une série d'abjurations individuelles, mais non collectives.

En résumé, voici quelles sont les religions des trois branches de la famille de Riols :

1) La branche aînée de Riols de Trémolèdes (ou branche d'Auvergne) conserva toujours la religion catholique ;
2) La branche cadette de Riols, sieur du Causse, qui se subdivise en : branche de Riols de Thaurines qui se fixa dans le Rouergue et en branche de Riols de Fonclare qui se fixa en Languedoc : la religion protestante fut embrassée vers 1550 et abjurée individuellement à partir de 1690 ;
3) La branche de Riols sieurs d'Espinassier ou branche de Rieusséquel embrassa le protestantisme vers 1550 et elle le conserva. Cette ramification s'est éteinte, après le mariage de Jean-Jacques de Riols en 1814, avec Elisabeth-Lucie Le Brun [Elisabeth-Lucie Brun], ils eurent trois demoiselles."

Francis de Riols de Fonclare

Suite : Conclusion


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