Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

La Réforme dans le Saint-Ponais :

Extrait de : "Les verreries forestières de Moussans" (1450-1890) par Francis de RIOLS de FONCLARE - 1925 (voir le sommaire).
("La Réforme aux Verreries-de-Moussans")

"Le diocèse de Saint-Pons, considéré comme division administrative, correspondait exactement à la division religieuse. L'évêque exerçait la justice dans sa seigneurie, par des viguiers à Saint-Pons, à Riols, à La Salvetat et à La Bastide-Rouayroux.
L'évêché de Saint-Pons était un évêché "crotté", c'est à dire, de ceux dont le titulaire était forcément dans la gêne, par suite de la pauvreté du pays environnant.
Cet évêché occupait le septième rang sur vingt-trois du Languedoc.
Il avait la juridiction sur la région moussanaise, comprenant la rive droite du Thoré [Les terres de Saint-Pons, rive droite du Thoré et celles de Rieussec, rive gauche, faisaient partie du diocèse de Saint-Pons].

Ce n'est qu'aux environs de 1530, que les idées nouvelles se répandent dans le Languedoc. Les protestants se réunissaient pour les besoins de leur culte, mais les passions politiques et religieuses ne se déchaînèrent qu'après le massacre de Vassy. Jusque là, Calvin avait prêché la patience et la résignation à toutes les églises de France. Dans les premières tentatives de soulèvement, il y eut plus de mécontentement politique que de souffrance religieuse. La conspiration d'Amboise fut un complot essentiellement politique, préparé par les mécontents de la noblesse.

Il n'y eut rien de bien marquant dans la région Moussanaise, si ce n'est la prise de la ville de Saint-Pons, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1567.

Le 1er octobre 1567, les protestants, conduits par Sébastien de Génibrouse, vicomte de Saint-Amans, qui venait d'embrasser avec fureur le parti de la Réforme, se présentèrent sous les murs de la ville.
Les remparts de la ville étaient suffisants pour pouvoir la défendre et pour résister à une attaque jusqu'à l'arrivée des troupes royales ; mais certains habitants mal intentionnés contre les religieux et espérant un riche butin, ouvrirent pendant la nuit la porte eux troupes protestantes. Celles-ci songèrent à s'emparer du monastère des bénédictins, où de l'or et des pièces d'orfèvrerie étaient entassés. Les protestants entrèrent par une "pourtanelle" qui donnait sur la ville, près du Pont Rouge, à côté de l'évêché.

La situation du clergé devint précaire, et le 3 février 1572, Jehan de Lévis, maréchal de la Foy, vicomte de Monségur, chevalier de l'Ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d'armes, de son ordonnance, sénéchal de Carcassonne et de Béziers, donna ordre au Premier de conseillers de la Cour de se transporter à Saint-Pons.
Le 5 février, Guillaume de Boria, docteur en droit, conseiller à la Cour de Béziers, et Blaise Isarn, se rendirent à Saint-Pons pour recevoir les dépositions de :

Messire Etienne Buscansolle, recteur de Labastide-Rouayroux, syndic du clergé, Pierre Augier ; Guillaume de Lavit ; François Massip ; Anthoine Belot ; Anthoine Molinier ; François Merchand ; Etienne Buscailet ; Phalip Fornier ; Darde Fabre ; Jehan de Bonafous, sieur de Brugayroux ; Jacques Senly ; Etienne Besses, et Jehan Cabrol, sieur de Salebielhe.
De toutes ces enquêtes, il résulte que les protestants saccagèrent le monastère des bénédictins, rasèrent l'église, le cloître, les maisons des religieux ; de même, le couvent des dames Bénédictines, situé près le cimetière Saint-Martin et le Pont-Rouge fut complètement démoli.
Les chapelles ou ermitages Notre-Dame des Joyes, Saint-Barthélémy, Les Caussades, l'Oratoire du Foiral, situées dans le diocèse furent détruits.

Les frères Rolland Paris, Cristoffle de Caylus de Colombières et Alexandre de Prinet de la Molière furent tués. D'autres furent fait prisonniers " et après exhortés par les mynistres de ladicte relligion ; et pour ne se voloir réduire à icelle furent menés au lieu le Gravas hors et près le mur du dict Saint-Pons, où l'on a acostumé porter les chevaux et autres bestes mortes et là les tuarent …"
D'autres personnes furent rançonnées, notamment le prieur de Ferralz, que les religionnaires avaient placé au sommet du clocher, pour lui faire déclarer où était son trésor. Les cloches furent pillées et fondues par les assiégeants.

Le même traitement fut appliqué dans tout le diocèse "Toutes les églises ont été pilhées et arasées entre autres La Salvetat, Anglès, la Besse, Fraïsse, La Bastide, Les Uscladelles, Ferrals, Cassanholles, Sire, Azilhanet, La Calmette, Le Lina, Pardelha, Riolz, Premyan, Rieussec, Saint-Jullien, Larson et autres qui n'est mémoratif, qu'on peut encore de présent voir ruynées et croyt estre impossible aux ecclésiastiques remettre lesdites églises, mesmes celles dudit Saint-Pons en l'estat qu'elles estoient pour cent mil escus …".

La déposition de Guillaume de Lavit, second consul, qui alla rejoindre l'armée catholique, commandée par François de La Jugie, baron de Rieux [Rieux-Minervois], fit une déposition semblable. Il ajoute que les monastères et les églises des environs de Saint-Chinian furent également démolis et rasés.

Me Jean Massip, notaire royal de Saint-Chinian, dit que le bétail à laine de l' abbaye de Fontcaude fut enlevé par les protestants et que dans toutes les localités, sauf celle de Cessenon, Olargues, Olonzac et Minerve, les établissements religieux et les églises furent rasés.

Pour payer leurs rançons, les religieux de Saint-Pons empruntèrent à Manon Cartolle et à Jehan Cabrol, sieur de Salebielhe, à des conditions assez dures, puisque la dîme du blé fut donnée en paiement à vil prix.

Les livres et les documents de l'abbaye de Saint-Pons furent brûlés, et si l'on en juge par l'inventaire de 1276, dressé par l'abbé Pons, cette collection était remarquable.

Pendant longtemps, les moines, n'ayant plus de logement, furent obligés de résider dans les villes, parmi les laïques, il en résultat un relâchement des mœurs régulières et, en 1630 [erreur : en 1610], beaucoup de religieux demandèrent leur sécularisation à Pierre de Fleyres, évêque, et elle leur fut accordée.
Parmi les objets pillés ou brûlés, en 1567, se trouvaient une série de tapisserie représentant l'histoire de Saint-Pons et de très belles orgues.

Avant la révocation de l'Edit de Nantes (octobre 1685) les passions religieuses étaient éteintes depuis longtemps. Pour des raisons religieuses et surtout pour des raisons politiques, le roi Louis XIV fut amené à abroger cette sage mesure prise par Henri IV.
La conception omnipotente de l'Etat, incarné dans le pouvoir royal, ne pouvait admettre un Etat dans l'Etat; il y eut surtout la question des protestants hollandais et des protestants anglais qui entretenaient des correspondances avec leurs coreligionnaires français.
En 1663, on ne trouvait dans le diocèse de Saint-Pons, que des protestants, dans les communautés d'Anglès et de Labastide-Rouairoux.
D'après la statistique faite par d'Aguessau et que Camille Rousset a rapporté dans son "Histoire de Louvois", il y avait alors en Languedoc 182.000 protestants, dont 1.024 seulement dans le diocèse de Saint-Pons, cantonnés exclusivement dans les communautés d'Anglès, de Labastide-Rouairoux et des Verreries de Moussans.

Anglès est situé dans la partie montagneuse du diocèse, les protestants y avaient un temple, et un cimetière, mais pas de maisons, ni terres, ni héritage.
De 1656 à 1662, chacun payait annuellement une contribution volontaire au ministre. Mais à partir de 1662, l'imposition annuelle fut fixée à 402 livres, et les religionnaires payaient en sus "les frais de chambre, de sonneurs, de la cène, du synode, du colloque, de l'entretien et de la réparation du temple, les frais de dettes communs".

Temple d'Anglès
Temple actuel d'Anglès

A Labastide-Rouayroux, les protestants avaient aussi leur temple et leur cimetière, jusqu'en 1662 ils n'eurent pas de ministre attitré, et ils payaient volontairement une taxe au ministre qui les visitait de temps à autre.
Quand le synode leur eut attribué un ministre sédentaire, ils s'imposèrent annuellement pour une somme variable, u'ils payèrent sans l'aide de collecteur.

Aux Verreries de Moussans, il y avait bien un exercice, mais sa création était contraire à l'Edit de Nantes . Le centre protestant des Verreries de Moussans était à la verrerie de Crouzet, qui appartenait à la famille de Riols, sieurs de Crouzet, nous ferons une étude plus loin.

Le cimetière de cette agglomération appelé encore par les anciens "le cimetière des protestants" est situé à droite du chemin forestier allant des Verreries Basses à Crouzet, au lieu-dit "la segondo birado", il y a une quinzaine de pierres tombales, couvertes de broussailles et dont les inscriptions sont effacées. Une de ces pierres marquant une sépulture est encore aujourd'hui au ras du chemin forestier. Cette partie de bois est presque impénétrable et elle porte le nom du "Repaou".
Une autre tombe complètement entourée de buis séculaires formant un petit bosquet, est située à 200 mètres du plateau du Crouzet, en se dirigeant vers le lieu-dit la Serre; mais là aussi les broussailles créent une barrière inviolée, là repose Isaac de Riols, sieur du Causse.

Cimetière actuel des Verreries
Cimetière actuel des Verreries

Les religionnaires (presque tous gentilshommes verriers, habitant Crouzet) étaient donc obligés d'enterrer leurs morts la nuit et dans les forêts; cependant à notre connaissance, il n'y eut aucun acte de violence commis aux Verreries de Moussans.
Catholiques et protestants vivaient en bonne intelligence, travaillaient, se divertissaient ensemble et se quittaient librement les uns pour aller à la messe, les autres pour aller au prêche.

Quand les mesures de rigueur et de violence furent appliquées, les protestants du diocèse de Saint-Pons en souffrirent moins qu'ailleurs, grâce aux idées généreuses et éclairées de l'évêque Pierre-Jean-François de Percin de Montgaillard.
De tous les édits et de toutes les prohibitions restreignant la liberté de conscience des protestants, ce généreux prélat ne retint que l'Edit de 1666 sur les conférences et les missions publiques ; il allait lui-même trouver chez eux, ceux qu'il voulait instruire et convertir.
Il use beaucoup plus de la persuasion et de la discussion que de la violence, si légère soit-elle. Il s'appuie sur l'autorité des Conciles, sur celle des auteurs sacrés et de l'Ecriture Sainte pour convaincre les religionnaires, qu'ils n'ont pas de motif suffisant pour se séparer de l'Eglise catholique. Cet évêque était même disposé à toutes les condescendances possibles pour leur faciliter le retour.
Cette manière de voir fut bientôt condamnée par les évêques limitrophes, et bientôt les sévérités redoublèrent par ordres particuliers de M. de Louvois. Il écrivait le 11 juillet 1685, au marquis de Boufflers "qu'en exécution des ordres de Sa Majesté, dont je vous envoie un grand nombre en blanc et que vous remplirez à cet effet vous fassiez marcher dans chaque communauté le nombre de cavalerie, d'infanterie ou de dragons que vous vous concerterez avec eux ; que vous les fassiez loger entièrement chez les religionnaires et les délogiez de chaque particulier, à mesure qu'il se convertira"."

A suivre : La révocation de l'Edit de Nantes

Francis de Riols de Fonclare


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