Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Olonzac, en Minervois

Le petit bourg d'Olonzac appartient au Minervois historique, dont il constitue aujourd'hui la capitale économique, à l'extrême sud-ouest du département de l'Hérault, ancien chef-lieu de canton de l'ancien arrondissement de Saint-Pons-de-Thomières. "Olonzac est placé au centre d'une plaine magnifique, où convergent tous les côteaux du Minervois, où viennent de toute part se déposer les alluvions de la Montagne Noire, des collines des Mouleyres et de la Serre d'Oupia. [...] il a succédé à Minerve comme véritable capitale du Minervois" ( d'après Jean Miquel, dans BSLG, 1895).


Le bourg d'Olonzac

La plus ancienne mention d'Olonzac remonte à l'époque carolingienne, en 852 : "Olentiacim, villa in pago Narbonensi". En 1095, le premier seigneur du lieu connu, Oton d'Olonzac apparaît dans l'Histoire Générale du Languedoc, au côté du vicomte de Minerve.
Au cours du 12ème siècle, plusieurs traités mentionnent les seigneurs d'Olonzac, comme par exemple en 1176, lorsqu'ils interviennent comme vassaux de Roger de Trencavel. Entre 1187 et 1228, La famille d'Olonzac est citée dans les archives de l'abbaye de Fontcaude, pour ses dons et l'entrée en religion de trois de ses membres comme chanoines de ce monastère.


Texte religieux cathare

A partir de 1209, la croisade albigeoise bouleverse toute la région. Les Olonzac adoptent des attitudes diverses, alors que leur suzerain le vicomte Raymond Roger de Trencavel est emprisonné, dépossédé de ses biens, et meurt peu après la prise de Carcassonne. En 1211, après la capitulation de Minerve, les Olonzac font allégeance à Simon de Montfort, qui s'est emparé des vicomtés des Trencavel. Pourtant en 1217, Frotard d'Olonzac participe à la défense de Toulouse contre les Croisés; il est convaincu de faidiment, et donc privé de ses terres et excommunié. Les habitants d'Olonzac (et d'une trentaine de villages aux alentours) "qui avaient embrassé l'hérésie albigeoise" sont également excommuniés par le légat du pape.

Raymond Trencavel, fils mineur du vicomte déchu parvient, entre 1224 et 1226, avec l'aide de son tuteur le comte Roger-Bernard de Foix et du comte Raymond VII à reconquérir Carcassonne et son vicomté. Trencavel peut réinstaller ses vassaux ou leurs descendants dans leurs fiefs; ainsi il "donne à fief le château d'Olonzac à Frotard et Ponce de Saint-Félix, fils de feu Sicard d'Olonzac et de Dame Ayceline son épouse ... tout l'honneur que Bernard Amalric d'Olonzac eut et posséda autrefois ... sur les hommes, les femmes, les terres et les vignes, maisons et habitations ..."


Bataille lors de la croisade albigeoise

Deux ans plus tard , le roi Louis VIII reconquiert les vicomtés de Trencavel. Dès lors, la situation de la famille d'Olonzac est compromise : Frottard d'Olonzac et Ave fille de Bernard d'Olonzac sont dénoncés comme cathares; plusieurs membres de la famille sont assassinés. La seigneurie d'Olonzac est considérée comme une terre de conquête d'abord attribuée à Simon de Amolio puis annexée par deshérence au domaine royal.
Le dernier membre de la famille féodale d'Olonzac connu est Béranger d'Olonzac abbé de Fontcaude de 1255 à 1281.

En 1309, le roi Philippe Le Bel échange avec Raymond de Durban la terre d'Olonzac, contre les droits seigneuriaux que possède ce dernier à Leucate, pour y construire un port. Souhaitant rester sous la protection du roi, les consuls d'Olonzac, dont l'institution date de cette époque, tentent en vain d'obtenir, en 1321, l'annulation de cette transaction; les Durban restent seigneurs d'Olonzac pendant près d'un siècle.
En 1318, Olonzac est rattaché, avec toute la partie nord du diocèse de Narbonne au diocèse de Saint-Pons-de-Thomières, ainsi créé. Le Minervois est définitivement divisé en deux parties, situation persistante aujourd'hui, les limites départementales ayant repris les limites diocésaines.


Vu du ciel, l'emplacement circulaire des remparts d'Olonzac

Le 14ème siècle est marqué par une grande épidémie de peste en 1348. Les conséquences de la Guerre de Cent-Ans atteignent le Minervois en 1355 avec l'équipée du Prince de Galles, dit le Prince Noir, qui ravage la région, mais épargne Olonzac. Des bandes de Routiers maintiennent l'insécurité plusieurs années durant. A la fin du 14ème siècle, ces évènements conduisent les habitants à bâtir de nouvelles fortifications autour de la ville. Leur emplacement est toujours visible de nos jours. Une nouvelle église, dédiée à Notre-Dame est également construite, l'ancienne église romane Saint-Jean-du-Puy étant jugée trop petite.

En 1405, la terre d'Olonzac est confisquée par le roi à Guillaume de Durban, condamné à mort comme faux-monnayeur. Olonzac redevient une seigneurie royale, avec des droits pour ses habitants. Ce grand avantage de ne plus dépendre d'un seigneur particulier, est inscrit dans ses armoiries, qui comportent les trois fleurs de lys royales.


Armoiries d'Olonzac, où figurent les fleurs de lys du roi de France

Au cours du 15ème siècle, dans une période de plus grand stabilité et d'organisation administrative, Olonzac devient une ville diocésaine : un représentant olonzagais est désigné chaque année à l'assiette du diocèse de Saint-Pons-de-Thomières, qui prend des décisions notamment en matière de répartition de l'impôt. Enfin à tour de rôle avec les autre villes diocésaines, tous les sept ans, Olonzac envoie un délégué aux Etats de Languedoc.

Les guerres de religion atteignent la région saint-ponaise en 1567, lorsque Saint-Pons et Saint-Chinian sont occupés et pillés par les protestants. Le siège de l'assiette diocésaine est temporairement transféré à Olonzac. En 1570, les troupes protestantes pénètrent dans le Minervois, mis à sac, mais épargnent Olonzac, solidement défendu. Les archives de la ville conservent la nom du capitaine Pierre Vitalis, qui commande la garnison vers cette époque. Les fortifications de la ville sont renforcées, alors que les forces protestantes restent redoutables dans la région, comme lors de la prise de Minerve en 1582.


Délibération de la communauté d'Olonzac, en 1597 : Pierre Vitalis, consul

A partir de 1588, une guerre de position oppose les ligueurs du duc de Joyeuse, catholiques intransigeants, aux partisans du duc de Montmorency, regroupant protestants et catholiques fidèles au roi. Ces derniers tiennent Olonzac, ce qui leur permet de gagner la bataille d'Azillanet en 1591. La paix s'installe en 1592 après la trêve du Mas-de-Barbieu.

Un trentaine d'années plus tard, en 1620, Olonzac est à nouveau menacé par les affrontements politico-religieux, lorsque les troupes protestantes de duc de Rohan tentent en vain de s'emparer du bourg fortifié, défendu avec succès par ses habitants.

En 1632, le duc Henri II de Montmorency, gouverneur de Languedoc, entre en rébellion contre l'autorité de Louis XIII, en s'associant à Gaston d'Orléans, frère du roi, et contre les réformes du ministre Richelieu.
Montmorency est estimé en Languedoc et rencontre l'adhésion d'une partie de la province. Alors que l'évêque de Saint-Pons, Mgr Pierre de Fleyres adopte une attitude attentiste, Olonzac se rallie à Montmorency. En quelques mois, la révolte est matée, le duc de Montmorency exécuté; Gaston d'Orléans et la duchesse de Montmorency se réfugient pendant quelques jours à Olonzac, dans l'attente du pardon du roi.


La plaine, près d'Olonzac

Après cet épisode, Olonzac et le Minervois entrent dans une période de paix, sinon de prospérité. Des familles bourgeoises sont apparues, exerçant une forte influence sur la bourgade, comme les Gasc, les Mialhe, ou les Roger, ces derniers formant une dynastie de notaires.

En 1640, la communauté des habitants doit faire face à la vente de la seigneurie par le roi, à Mgr Jean Jacques de Fleyres, qui en devient seigneur engagiste. Dans les années suivantes, les habitants décident de surenchérir pour racheter la seigneurie et la rendre au roi. Le prix de rachat est important, alors que la communauté d'Olonzac doit assumer de nombreuses dépenses, comme celle de l'étape, consistant aux passages de régiments qu'il faut nourir et loger, tout en évitant les débordements parfois violents des militaires.
La communauté olonzagoise, est contrainte de s'endetter, notamment auprès des Laur, marchands de Narbonne, devenus propriétaires du domaine du Marquisat, et de François Delort, officier anobli, déjà possesseur d'un fief à Olonzac, dont il est originaire. Les relations avec ce dernier deviennent très tendues, notamment lorsqu'il tente, en vain, en 1657 de surenchérir sur le prix de la seigneurie, pour la racheter.
Pour finir, en 1679, la communauté des habitants place la seigneurie sous la protection du Prince de Conti, gouverneur du Languedoc, puis celle de ses successeurs et héritiers.


Le canal du Midi, près d'Olonzac

La fin du 17ème siècle amène la construction du canal du Midi, qui traverse les terres d'Olonzac, améliorant considérablement les échanges commerciaux, mais entrainant aussi de fréquentes inondations lors des crues de la rivière Ognon, jusqu'à la construction en 1826 d'un pont-canal.

Le début du 18ème siècle est marqué par le grand hiver de 1709, qui entraine la perte des cultures et le gel des oliviers, une des grandes sources de revenu agricole du Bas-Minervois. La famine est terrible et les habitants contraints de manger de l'herbe : " tout le monde fut réduit d'en manger pour s'alimenter et pour s'empêcher de mourir de faim [...] Et l'on vit des êtres humains errer demi-nus et décharnés dans les terres et les bois broutant l'herbe des champs et défendant sauvagement leur pâture contre les loups et les sangliers", comme l'écrivent les consuls du village voisin d'Azillanet.
La décennie suivante reste marquée par ces dégâts, auxquelles s'ajoutent des inondations.


Plan de pont sur l'Ognon, au 18ème siècle

Au milieu du 18ème siècle, Olonzac est devenu plus prospère, considéré comme "un pays gras et fertile, le meilleur de tout le diocèse, on y recueille des blés, du vin et de l'huile, les bestiaux y font un revenu assez considérable, attendu que les laines en sont plus estimées ..."
Les habitants aiment la fête, parfois au détriment de la religion, malgré le fermeté du curé Joseph d'Amieu, qui a succédé pendant plus de 50 ans à son cousin Pierre d'André : il faut parfois rappeler à l'ordre "les libertins qui ne cessent de troubler l'ordre public ... Dimanche dernier une troupe de jeunes gens s'était assemblée dans un cabaret avec des violons. Après avoir dansé tout ce jour là et la veille tantôt dans le dit cabaret tantôt dans les rues, chose fort indécente surtout les jours de fêtes ..."


Olonzac sur la carte de Cassini au 18ème siècle

En 1760, survient un dernier rebondissement concernant la seigneurie d'Olonzac, qui est revendue à un particulier: Jean Baptiste Cachulet, marchand de Carcassonne, est fermier du domaine royal, et achète au roi " le domaine d'Olonzac, consistant en censives, tasques, albergue, droits de lods et autres droits utiles et honorifiques appartenant à Sa Majesté au dit lieu d'Olonzac ...".
Comme un siècle auparavant, les Olonzagais doivent à nouveau demander la protection d'un Prince de Conti, qui rachète la seigneurie en 1763. Les consuls expliquent "que ce n'est que pour acquérir la liberté, et nous délivrer des tracasseries de ce nouveau seigneur, que nous avons imploré la protection du prince, et l'avons prié d'être lui-même notre seigneur; ce qui nous a été accordé, à la charge de rembourser de ses avances". En 1783, Monsieur, frère du roi, futur Louis XVIII, et héritier du Prince de Conti devient le dernier seigneur engagiste d'Olonzac.

Début 1789, alors que se préparent les élections pour l'assemblée des Etats-Généraux, Pierre Lafont de Savigne, premier consul et maire d'Olonzac, prononce un discours revendicatif lors de l'assemblée communale: "Le cri universel de toutes les villes de la province pour la liberté patriotique nous invite à réclamer nos droits...". En mars 1789, le cahier de doléances d'Olonzac, présente un véritable programme de réformes.
Durant la Révolution, la bourgeoisie locale préserve son pouvoir avec l'élection de maires choisis parmi les notables du bourg : Gabriel Laur, l'un des principaux propriétaires terriens, est élu en 1790; il devient quelques mois plus tard, administrateur du département, et Pierre Lafont de Savigne lui succède à la mairie, puis en 1792-1793, Roch Guiraud (d'origine saint-ponaise). Ce dernier est tout de même destitué comme trop modéré, en octobre 1793.
Le curé d'Olonzac Honoré Pradal refuse la Constitution civile du clergé, et doit abandonner sa cure, en tant que réfractaire. Un seul Olonzagois émigre, Pierre Vitalis de Latour ci-devant garde du corps du ci-devant tyran, sans que sa famille ne soit réellement inquiétée même pendant la Terreur. Aucun suspect n'est arrêté pendant cette période : "ce n'est pas dans les campagnes que se trouvent les contre-révolutionnaires, mais dans les villes" déclare en 1794 le comité de surveillance d'Olonzac, présidé par le très modéré Gabriel Laur.
Par la suite, ce dernier se révèle un véritable opportuniste et accompagne les différents changements de régime : administrateur du département sous la République, maire d'Olonzac et député sous l'Empire, puis à la Restauration, et anobli par Louis XVIII en 1815; il est tragiquement assassiné en 1826.


Fronton républicain de la mairie d'Olonzac, ancien château Laur

Au 19ème siècle, la vigne devient la principale culture d'Olonzac, entrainant l'enrichissement et le développement de la commune.
La petite cité est profondément transformée sur le plan urbanistique: les fortifications sont démantelées à partir de 1807; le château féodal des Durban est rasé; à son emplacement est bâti, vers 1865, le "château Laur", une demeure de style Napoléon III, qui devient en 1896, l'hôtel de ville.
L'église paroissiale Notre-Dame est détruite et une église de style néo-gothique lui succède, en 1865. Enfin, l'église romane Saint-Jean-du-Puy est démolie en 1887, remplacé (en 1929) par le marché couvert actuel. Le patrimoine bâti historique a ainsi en grande partie disparu !


Plafond du café Plana d'Olonzac, classé monument historique (vers 1870)

Entre 1885 et 1915, le maire radical-socialiste Louis Blazin (1859-1945) est le modernisateur de la petite cité pendant son long mandat (achat de la mairie, aménagement de places et boulevards, éclairage public etc...).
A partir de la fin du 19ème siècle, la viticulture est en crise; un mouvement syndical ouvrier agricole se développe entrainant des grêves dans les grandes exploitations viticoles. La révolte des vignerons de 1907 rassemble pendant quelques mois ouvriers, propriétaires et élus locaux dans une alliance improbable: à Olonzac les radicaux-socialistes Louis Blazin, et Charles Caffort, à la tête du comité viticole, s'associent à de grands propriétaires comme Charles de Veye, dans une lutte populaire, devenue légendaire.
Après la Guerre de 14-18, et la perte de plus de 80 jeunes hommes, Olonzac ne retrouve plus sa prospérité de la fin du siècle précédent. Au cours du 20ème siècle la population décroît de plus d'un quart pour avoisiner les 1600 habitants.


Marché du mardi, à Olonzac

De nos jours, Olonzac est une petite bourgade, groupant commerces, administrations, collège, dont l'activité principale reste la viticulture, avec la production d'un vin AOC Minervois, désormais réputé.
Depuis le 1er janvier 2017, Olonzac appartient à la nouvelle communauté de communes formée par la fusion des anciennes communautés du Minervois, Pays Saint-Ponais, Orb-Jaur, dont le siège est à Saint-Pons-de-Thomières, nommée Minervois, Saint-Ponais, Orb-Jaur.

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