Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

La tentative de prise d'Olonzac, en 1620
par les troupes protestantes du duc de Rohan

Louis Blazin érudit local et maire d'Olonzac décrit dans son ouvrage "Le Minervois et la commune d'Olonzac" un des derniers épisodes des luttes religieuses dans le Saint-Ponais: les troupes protestantes dirigées par le duc de Rohan tentent en vain de prendre le bourg fortifié d'Olonzac, défendu par ses habitants. Le lyrisme de l'auteur nous éloigne peut-être un peu de la vérité historique !

Olonzac, durant ces vingt dernières années, a repris son ancienne prospérité : les libertés qui s'attachent à son nom, la fertilité de ses terrains et aussi la sûreté de la place forte attirent dans ses murs de nouveaux citoyens. C'est maintenant une ville de 2,500 babitants, de 500 feux, le point le plus important et le plus fort de Carcassonne à Béziers, de tout le Minervois.

Sa situation stratégique entre ces deux places, le rôle important qu'il a joué pendant les guerres de religion et la Ligue, centre d'opération de l'armée en même temps que sentinelle avancée des royalistes, les ressources considérables qu'il renferme, vont encore lui attirer les horreurs de la guerre.

Les protestants, à la faveur des troubles civils, s'agitent en France, et Louis XIII marcbe contre eux : il est repoussé au siège de Montauban. Ce succès donne l'offensive aux huguenots et, comme une proie indispensable pour eux, ils préparent dans les vallons de Castres et de Saint-Amans une expédition contre Olonzac et le conseil d'Olonzac le 5 juillet délibère paisiblement.....

Cette proie indispensable n'est pas considérée comme facile à enlever : ils réunissent une armée de 5,000 bommes, et sous la conduite de M .de Rohan en personne, frère de Soubise et gendre de Sully, à nuit close et rapidement, ils descendent le 11 juillet des hauteurs de la Montagne Noire. Ils croient surprendre Olonzac et, quoique nombreux, une véritable armée pour l'époque, comptent surtout sur la surprise, sur la rapidité de l'attaque pour triompher de la vaillance des habitants, qui, libres depuis deux siècles, sont courageux et redoutables.

Mais la surprise est éventée : un charbonnier de l'Espinouse, arrivé pendant la nuit à Olonzac, prévient les consuls du danger que court la ville. Un appel aux armes est aussitôt sonné : la vanne de la chaussée d'Ognon est levée; les eaux, alors toujours abondantes, se précipitent dans le canal d'amenée, et bientôt les fossés sont pleins. Tout le monde court à son poste, les consuls, le lieutenant royal, les membres de l'assemblée communale ; tous en ordre et silencieusement s'échelonnent sur la crête des remparts.

A l'aube, l'armée des huguenots s'avance.
Après avoir laissé sur le mamelon de la Gasque une faible partie de ses troupes, chargée de la garde des impedimenta, M. de Rohan rapidement donne à ses officiers ses ordres d'attaque : les 5000 religionnaires, comme un éventail circulaire, se déroulent autour d'Olonzac.

Grande et désagréable fut la surprise de M.de Rohan en voyant les fossés pleins d'eau, les ponts-levis levés et les remparts garnis de défenseurs. Il fait avancer d'abord ses pétards (canons) et ses arquebusiers : l'œuvre de destruction commence; mais les solides murailles ne sont pas entamées, et les Olonzagais ripostent coup pour coup.

Voyant les inutiles effets produits par la canonnade et la mousqueterie, comptant sur le nombre de ses soldats, sur leur ardeur à la lutte, sur le fanatisme aussi de ses montagnards, M. de Rohan commande l'assaut. Les huguenots, sous le feu meurtrier des assiégés, se précipitent dans les fossés, les passent à la nage et dressent les échelles contre les remparts. Vains efforts : la courageuse population rend stérile la valeur des assaillants.

Entière elle est là, cette population d'Olonzac, défendant ses foyers et ses libertés. Avec acharnement elle répond à l'envahisseur: ses consuls, ses syndics au premier rang, raniment les courages, excitent à la résistance. Pendant cinq heures, des deux côtés on tue. La vaillance des assiégeants n'a d'égale que la ténacité des assiégés. Il n'y a pas de point faible.

Ce n'est plus une surprise, c'est un siège on règle qu'il va falloir entreprendre, et M.de Rohan, en pays ennemi, n'a rien à cet effet. Il fait sonner la retraite. Excités par la lutte, les habitants d'Olonzac, dans une sortie furieuse, se précipitent immédiatement en dehors de l'enceinte de la ville à la poursuite de leurs ennemis. Les échelles, les pétards, les morts sont abandonnés parles huguenots, qui, en foule, serrés de près, fuient dans toutes les directions.

Les soldats chargés de la garde des impedimenta se sont retranchés, pendant l'assaut, sur le mamelon de la Gasque. Ils ne résistent pas à la poussée des Olonzagais, et bientôt l'armée tout entière de M. de Rohan, ayant abandonné tout ce qu'elle traînait à sa suite, se fond dans la plaine et en désordre regagne les vallons de Saint-Amans .

La charte de 1673 relate ainsi ce siège mémorable : "Sans les dits fossés et murailles, ledit lieu aurait esté pris par les Religionnaires, qui firent diverses attaques, notamant le doutziesme juillet mil six cens vingt, qui, avec une armée de cinq mille hommes, venans des vallons de Sainct Amans et Castres, attacquèrent ledit lieu au point du jour, et par la seule force des habitans furent respoussés abandonnant les morts, eschelles et petards".

Quelques jours après l'assaut, une croix fut élevée en grande cérémonie sur le mamelon de la Gasque, et, le 12 juillet de chaque année en procession imposante, tous les habitants iront célébrer la mémoire de la défaite de M. de Rohan. Cette croix, appelée croix des huguenots, fut plus tard enlevée et placée à la rencontre du chemin de Pépieux et du chemin de Siran, où elle est encore.

Par ordre royal, M. de Montmorency est envoyé à Olonzac avec sa compagnie de gens d'armes pour y tenir garnison et mettre ainsi cette place à l'abri d'un coup de main, d'une surprise semblable à celle du 12 juillet. La délibération du 12 août 1620 confirme le fait et dit que les consuls pourvoiront au logement et à tous les besoins des soldats de Montmorency, qui feront la garde jour et nuit. Ils arrêtent de plus que la garde civique devra à Montmorency fidélité et obéissance.

On répara solidement, sans retard, les fossés, les remparts, et on attendit une nouvelle incursion des huguenots. Mais la leçon donnée le 12 juillet 1620 fut profitable, et aucune autre attaque n'eut lieu.

La prise de la Rochelle par Richelieu et l'expédition dirigée dans les Cévennes contre ce même M. de Rohan, terminée par le traité d'Alais (1629) décidèrent du sort du parti protestant en France, qui perdit désormais toute importance politique.

Le Minervois et la commune d'Olonzac, par Louis Blazin

Le duc de Rohan tente une dernière incursion dans le diocèse de Saint-Pons, lorsqu'il attaque en 1625 les hameaux près de Courniou.

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