Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Correspondance de l’abbé de Treil de Pardailhan, des curés Massip et Guiraud
(1803-1805)


Cette correspondance évoque les difficultés de la réorganisation de l’Eglise catholique à la suite du concordat de 1801 dans l’ancien diocèse de Saint-Pons :
Réconciliation avec les prêtres jureurs qui doivent faire pénitence, mauvais vouloir des municipalités, médiocrité des prêtres, nécessité d’avoir recours à la force armée pour imposer les prêtres concordataires etc…
Autant de tâches difficiles et parfois insurmontables …



L’abbé de Pardailhan à Massip, au sujet de la rétraction du serment d’un prêtre constitutionnel :
Saint-Pons, le 27 septembre 1803.

« Il y a deux autres cas. Il faut une même conduite. On nous observe. Il faut donc commencer la besogne par une rétraction devant quatre témoins. Vous devez en dresser procès-verbal, le tout signé. Dans le procès-verbal, il sera constaté l’acte de publication fait par le rétractant dans sa paroisse Il faut ensuite donner un confesseur au rétracté. Il demeurera sans fonction jusqu’à sa réhabilitation. Alors on fixera la peine canonique. Je vous renvoie la rétraction faite isolément par le curé. J’en ai effacé ce que j’ai été surpris d’y trouver et qui n’était pas dans le modèle que je vous ai envoyé ».


L’abbé de Pardailhan à Massip,
Saint-Pons, le 14 octobre 1803

« Je vois avec peine que tous les prêtres veulent se fixer, les uns dans la plaine où ils sont nés, et les autres dans la montagne qui est leur patrie. Il est bien difficile sans le gouvernement de les accorder.
Votre Bousquet, que vous me désignez pour remplacer Lale à Pierrerue. Convient-il au bien de la chose de placer ce dernier à Ferrières [Ferrières-Poussarou], pays sans religion et rempli de constitutionnels ?



L’abbé de Pardailhan à Massip,
Saint-Pons, le 23 novembre 1803

« Je suis mon cher curé bien occupé du choix de nos prêtres. Sans doute les bons me consolent, mais combien ne suis-je pas attristé par d’autres. Et vous ? Vous tirerez sans doute parti de Bousquet. Je le désire pour son avantage. Autrement il sera bientôt remplacé à Babeau, aux portes de Saint-Chinian, où tout le monde veut aller.
Que dites-vous de Rouanet frère de ce fantôme d’évêque [allusion à Mgr Rouanet, évêque constitutionnel]



Guiraud à Massip, à propos de son installation comme curé de Saint-Pons
Le 27 novembre 1803

« La horde constitutionnelle excite tous les cris, mais à quoi peuvent-ils aboutir ? On ne me veut pas pour curé ? et voilà une heure je vais être installé comme curé de Saint-Pons avec plus de solennité que je ne voudrais mais on l’a voulu ainsi. Tout ce que l’on m’écrivit à Montpellier était vrai, fermentation, clameurs, menaces. Il y a eu des incidents. Un jeune homme a été arrêté ainsi qu’une fille et une femme. Peu à peu tout s’apaisera. Nous avons la brigade de Saint-Chinian avec celle d’Olonzac.

A la sortie de la messe, les gendarmes se retirant ont été insultés. Ils ont couru sus sur un des coupables, qui s’est défendu avec un couteau et qui n’a pas été arrêté. Mais son frère qui tenait un gros caillou à la main a été pris pour fait de rébellion et conduit en prison.
Je vous assure que sans le recours de la gendarmerie, il n’eut pas été possible de procéder à mon installation, mais je ne sais qui en rira le dernier. »



Guiraud à Massip
Le 29 novembre 1803
« Peu à peu, on éloigne les constitutionnels. Les gendarmes ont été envoyés à Autié à Cessenon, qui refusait de partir. Un même ordre du préfet est probable pour le sieur Crouzet. »



Treil de Pardailhan à Massip, au sujet du presbytère de Saint-Chinian
Le 1er décembre 1803

« Je viens d’écrire à l’évêque au sujet de votre maison. Il n’y a qu’à Saint-Chinian où l’on voit tout au rebours de la justice et du sens commun. »



L’abbé de Pardailhan à Massip
Saint-Pons, le 15 décembre 1803

« Je vous aurais écrit il y a deux courriers sur le compte de deux prêtres dont vous m’aviez annoncé le retour aux principes qu’ils n’auraient jamais dû abandonner, si je n’avais pas été un peu enrhumé …
Puisque ces deux prêtres préfèrent à la voix du légitime pasteur, celle d’un prêtre sans mission comme eux, qui a besoin comme eux d’instruction, et qui n’a pas connu la solide gloire et la vraie satisfaction de contribuer à opérer une réunion qui est au-dessus de toute ambition, je vais les remplacer dans les postes que je leur destinais

Vous pouvez leur faire part de ces réflexions. Dieu veuille leur en donner l’intelligence.
Je vois que vous connaissez enfin les prêtres qui vous environnent. Ils sont légers, sans principes et je pourrai ajouter sans connaissances. J’agirai en conséquence.

Pour Dom Juin, dispensez-le de venir : Donnez-lui l’absolution des censures dans le for extérieur ; renvoyez-le à son confesseur ; renvoyez le à son poste avec la mission que vous pourrez lui donner de ma part. ».
[Dom Juin, était membre en 1793 de la Société populaire de Vernodure, affiliée aux Jacobins, et peut-être même président de cette société pendant quelques temps].



Guiraud à Massip
Saint-Pons le 20 janvier 1804
« Je suis à la recherche de M. de Juin, ancien O.S.B. [Dom Juin le même] prévu pour Cébazan, qu’il vienne ici prendre son titre et prêter serment. Je vous ai écrit quel arrangement l’archidiacre [Treil de Pardailhan] avait fait pour le casuel à diviser entre les vicaires et moi … mais quel est notre casuel ! En décembre, j’ai eu 6,13 francs. »



Guiraud à Massip
Saint-Pons le 23 janvier 1804

« L’abbé Roque va prendre possession de la cure d’Olargues. Il part avec une lettre du sous-préfet au maire et il sera protégé par quelques gendarmes.
Nous avons appris de Béziers que Rouanet [l’ancien évêque constitutionnel] se cache mais qu’il dirige les partisans de la Constitution. Comment ne s’occupe-t-on pas de l’expulser plus loin. »



L’abbé de Pardailhan à Massip
Saint-Pons, le 23 janvier 1804

« De tous côtés, les maires des communes où étaient les constitutionnels viennent les réclamer (dernier exemple Montouliers). Ces malheureux voudraient y rester encore pour perpétuer le désordre ! Autre exemple d’intrus à faire partir, Cruzy. »



Guiraud à Massip à propos d’un prêtre incompétent
Le 1 février 1804

« M. Gondard n’a pas pu vous dire ce que lui ont fait éprouver les habitants d’Azillanet. Il les a servi deux jours et ils n’ont pas même daigné le remercier ; Mais M. Dandré nous a assuré que, dans les deux messes qu’il a dites à Azillanet, il a tant fait parler contre lui les personnes qui avaient les entendre que [Dandré] est venu nous prier de ne pas permettre qu’il y réapparaisse.
M. Gondard pendant la messe crache et crache, dit des mots à haute voix : ‘que fais-tu-là, te boli pas etc…’ Les assistants riaient et tenaient des propos très déplacés …Azillanet est donc sans prêtre. Nous n’avons personne à y envoyer.
Pour M. Gondard, on le laisse là où il est à Saint-Martial (commune de Pardailhan - aujourd'hui Saint-Jean-de-Minervois).Il est prudent de ne pas le mettre en évidence.

Vous avez ci-joint une lettre pour M. Quinta : je pense que s’il la médite, il cherchera par tout autre moyen que ses chiens et son fusil, à s’attirer la considération des habitants d’Assignan. »



L’abbé de Pardailhan à Massip
20 mars 1804

« Je suis accablé… d’autant plus que le saint-temps (Carême) m’a privé de M. Guiraud. Je viens vous dire que Mgr l’Evêque exige que tous les prêtres portent l’ancien costume, tel qu’il était autrefois. Avertir tous les prêtres de votre canton.
On me demande de Montpellier de pousser la conquête de Décor [un constitutionnel] jusqu’au bout. On en a fait de pareilles dans cette ville, et elles ont été utiles par leurs suites. Que fait-il ? Où en est-il… et Autier [ancien curé constitutionnel de Saint-Pons], que fait-il ? »


L’abbé de Pardailhan à Massip,
8 janvier 1805

« Les mariages où l’une des parties contractantes est disposée à se conformer aux règles et à se réunir à l’Eglise dans le temps que l’autre partie résiste, doivent être regardés comme valides parce qu’il n’est pas permis à la partie qui demeure coupable, de priver la partie innocente de tous ses droits. Pour cela aucune cérémonie n’est nécessaire, ni aucune formalité. »



Guiraud à Massip
30 janvier 1805

« J’ai reçu une lettre de l’Evêque annonçant les visites pastorales dans l’arrondissement de Saint-Pons en avril prochain.
Comme je ne connais que trop les mauvaises dispositions de la plupart des prêtres de cet arrondissement, je voudrais un itinéraire qui m’évitât toute mortification, tout inconvénient, en un mot toute disgrâce que me fait redouter ce canton. Je ne fais des visites que dans les églises paroissiales et non les succursales à moins qu’il ne soit trop difficile d’aller d’une paroisse à l’autre sans passer par une succursale… Etre sûr du desservant pour le logement etc.… Je dîne régulièrement à midy précis et je soupe à 7 h et demi pour le plus tard… Comme je vais très difficilement à cheval, dites-moi si les voitures peuvent aboutir à toutes les cures, et dans le cas contraire, s’il y a des litières dans votre pays…’



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