Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Le commerce du drap en Languedoc
(par l'Intendant Ballainvilliers en 1788)



"Si le produit des terres assure à l’homme les moyens de subvenir à ses premiers besoins, ce n’est que dans l’industrie qu’il peut trouver ceux de satisfaire à cette foule de besoins secondaires qu’une habitude impérieuse lui a crée ou qui naissent de ses relations avec la société.
L’agriculture et le commerce se prêtant un mutuel appui, leur réunion peut seule rendre un Etat vraiment florissant.

Le Languedoc offre partout l’intéressant spectacle de cette heureuse harmonie (…). Cette province est remplie de manufactures. Elles occupent un grand nombre d’hommes, favorisent une circulation d’espèces très considérable, entretiennent un commerce d’exportation très immense avec l’intérieur du Royaume, l’Italie, L’Espagne, l’Allemagne, Le Levant etc. (…)

Les manufactures de laines sont les plus nombreuses et ce commerce est le plus important ; il s’étend dans toutes les parties de la province [de Languedoc] où on fabrique des étoffes de toutes qualités depuis les draps fins jusqu’au cadis les plus grossiers. Il semblerait que le grand nombre de bêtes à laine qu’on nourrit en Languedoc devrait produire une suffisante quantité de cette matière première pour en alimenter les fabriques ; mais à peine le produit du pays peut il atteindre au tiers de la consommation des manufactures. On tire le surplus d’Italie, du Levant, et du Portugal (…).

Les qualités de laine du Languedoc les plus estimées sont celles des diocèses de St-Pons, Narbonne, et Béziers (…).

Le commerce des laines n’est pas seulement borné à l’approvisionnement des fabriques de la province, il s’étend dans l’intérieur du Royaume, et on évolue à 100.000 écus le produit de la quantité de laines que les négociants du Languedoc revendent aux autres provinces.

Le Languedoc fournit à ses fabriques 40.000 quintaux de laine ; leur consommation est de 120.000 quintaux, sans compter celles qui ne font que passer entre les mains des négociants et sont expédiées ensuite dans les autres parties de la France.

La fabrication des draps est très ancienne en Languedoc, elle a toujours été regardé comme une de ses principales ressources. L’administration a été constamment occupée des moyens de la soutenir et de l’augmenter. C’est sa prévoyance sur cet objet qui a produit cette foule de règlement qui sont entrés dans les détails les plus minutieux de la fabrication et dont le but était de ne laisser aucun procédé à la disposition des fabricants. Ces règlements tant de fois refondus, et toujours éludés sont aujourd’hui tombés en désuétude ; leur inutilité n’est plus un problème : elle est plus que prouvée par leur inexécution et par le grand nombre de manufactures qui se sont élevées d’elles-mêmes sans autre guide que l’industrie.

De sérieuses réflexions et l’opinion générale de toutes les personnes qui ont des connaissances précises et approfondies de ce commerce m’ont convaincu de la futilité de toutes les discussions, qu’on a si souvent élevés sur cette question [de la réglementation], si facile à résoudre, mais qui n’a jamais été embrouillée que par des gens intéressés à ajouter à leur importance en multipliant leurs relations avec les manufactures.

Ce n’est donc point dans l’inaction des règlements qu’il faut chercher la raison de la décadence du commerce du Levant, qui a été tant de fois sur le point de nous échapper ; ceux qui l’ont attribué à la Liberté étaient ou intéressés (…) au maintien du système réglementaire, ou trop ignorants (…).

Les manufactures royales fabriquent les premières qualités ; elles ont résisté au temps de crise qui a écrasé tant de petites fabriques.

La consommation de belle qualité a lieu dans les Echelles de Constantinople, Smyrne et Alep.

Les draps communs sont exportés dans les Echelles de Salonique, St Jean d’Acre, Chypre, Le Caire, Alexandrie, La Morée [Grèce], Tunis et Alger ; il se vend encore environ 800 ballots de draperie par an pour l’Inde et les colonies de l’Amérique."

[ACCUEIL DU SITE] [ECRIVEZ-MOI] [TREIL DE PARDAILHAN]