Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

Beaumarchais et Vinfrais

Dans sa fonction d'Inspecteur des chasses de la Varenne du Louvre, Jacques de Vinfrais est en contact avec l'écrivain Beaumarchais alors Lieutenant général des chasses du Roi.
Dans ce texte Beaumarchais évoque l'intervention du duc de Chaulnes, rival malheureux, au tribunal de La Varenne du Louvre qui juge les délits de chasse.

RÉCIT EXACT DE CE QUI S'EST PASSÉ JEUDI 11 FÉVRIER 1773
ENTRE M. LE DUC DE CHAULNES ET MOI, BEAUMARCHAIS

«J'avais ouvert l'audience de la capitainerie, lorsque j'ai vu arriver M. le duc de Chaulnes avec l'air le plus effaré qu'on puisse peindre, et qui m'est venu dire tout haut qu'il avait quelque chose de pressé à me communiquer, et qu'il fallait que je sortisse à l'instant.

- Je ne le puis, monsieur le duc; le service du public me force à terminer décemment la besogne commencée.
Je veux lui faire donner un siège; il insiste; on s'étonne de son air et de son ton. Je commence à craindre qu'on ne le devine, et je suspends un moment l'audience pour passer avec lui dans un cabinet. Là, il me dit, avec toute l'énergie du langage des Halles, qu'il veut sur-le-champ me tuer, me déchirer le cœur et boire mon sang, dont il a soif.
- Ah! ce n'est que cela, monsieur le duc? Permettez que les affaires aillent avant les plaisirs.
Je veux rentrer; il m'arrête en me disant qu'il va m'arracher les yeux devant tout le monde, si je ne sors pas avec lui.
- Vous seriez perdu, monsieur le duc, si vous étiez assez fou pour l'oser.
Je rentre froidement et je lui fais donner un siège. Environné que j'étais des officiers et des gardes de la capitainerie, j'opposai, pendant deux heures que dura l'audience, le plus grand sang-froid à l'air pétulant et fou avec lequel il se promenait, troublant l'audience et demandant à tout le monde:
" En avez-vous encore pour longtemps? "
Il tire à part M. le comte de Marcouville, officier qui était à côté de moi, et lui dit qu'il m'attend pour se battre avec moi. M. de Marcouville se rassied d'un air sombre; je lui fais signe de garder le silence et je continue.
M. de Marcouville le dit tout bas à M. de Vinfrais, officier de maréchaussée et inspecteur des chasses. Je m'en aperçois; nouveaux signes de silence de ma part. Je disais: M. de Chaulnes se perd si l'on suppose qu'il vient m'arracher d'ici pour me couper la gorge.

L'audience finie, je me mets en habit de ville, et je descends en demandant à M. de Chaulnes ce qu'il me veut et quels peuvent être ses griefs contre un homme qu'il n'a pas vu depuis six mois.

- Point d'explication, me dit-il. Allons nous battre sur-le-champ, ou je fais un esclandre ici.
- Au moins, lui dis-je, vous me permettrez bien d'aller chez moi prendre une épée? Je n'en ai dans ma voiture qu'une mauvaise de deuil, avec laquelle vous n'exigez apparemment pas que je me défende contre vous?
- Nous allons passer, me répond-il, chez M. le comte de La Tour du Pin, qui vous en prêtera une, et que je désire engager à nous servir de témoin.

(...)

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