Saint-Pons-de-Thomières et le Pays Saint-Ponais
Histoire et patrimoine de l'ouest du département de l'Hérault

L'abbaye de Saint-Chinian

L'abbaye bénédictine de Saint-Chinian est fondée en 826, suivant une charte accordée par l'empereur Louis le Pieux.
Le monastère, installé sur la rive droite du Vernazobres, dans un lieu nommé Holotian, est dédié à Saint-Agnan et donne son nom, devenu "Saint-Chinian", à la bourgade qui se développe à proximité. Contrairement à une erreur tenace , il n'a jamais existé de monastère de Saint-Laurent !

L'abbaye de Saint-Chinian
L'abbaye de Saint-Chinian, au 17ème siècle (vue imaginaire du Monasticon Gallicanum )

L'abbaye médiévale, probablement entourée d'une enceinte circulaire la séparant du village, n'a laissé aucun vestige.

L'abbaye reste relativement prospère jusqu'au 11ème siècle, et reçoit de nombreux dons. Ses possessions comprennent alors, au delà de Saint-Chinian, les salins de Capestang, des terres et masages dans le Biterrois et le Narbonnais. Les églises situées à proximité dépendent du monastère, comme par exemple Saint-Cels, Notre-Dame de la Barthe, Notre-Dame-de-Nazareth, et un peu plus loin, Saint-Martin de Cébazan.

mairie de Saint-Chinian
La mairie occupe les bâtiments de l'abbaye de Saint-Chinian depuis 1855

Au début du 12ème siècle, la situation matérielle du monastère se dégrade, à la suite de spoliations (peut-être perpétrées par les Trencavel, ou d'autres féodaux). L'archevêque de Narbonne indique que "des hommes pervers avaient dépouillé l'abbaye de ses possessions et l'avaient réduite à une condition [difficile]"; pour cette raison, il décide, par une chartre datée de 1102, de placer l'abbaye de Saint-Chinian sous l'autorité de celle de Saint-Pons.

Selon la Gallia christiana, à l'époque de la Croisade albigeoise, l'abbaye de Saint-Chinian aurait souffert d'exactions commises par les "hérétiques" et aurait du vendre ses possessions de Sériège et des salins de Capestang.

Au début du 14ème siècle, alors que Saint-Pons est devenu le siège d'un nouveau diocèse, l'abbaye de Saint-Chinian retrouve son indépendance pour une courte période. Trente ans plus tard, en 1365, le monastère est à nouveau mis sous tutelle et soumis à l'autorité de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. L'histoire locale a retenu le nom de l'abbé Renaud de Valon, qui accorde en 1465 une charte établissant de nombreux droits aux habitants de Saint-Chinian.
A partir de 1555, les abbés ne résident plus dans le monastère, dont ils touchent une partie des revenus : c'est le régime de la commende, qui précipite la décadence des abbayes.

factum de Saint-Chinian
Factum de l'abbaye de Saint-Chinian

Durant les Guerres de Religion, l'abbaye est mis à sac à deux reprises par les troupes protestantes.
Ainsi, en 1567, le baron de Faugères s'empare de la ville et détruit les murs du monastère ; en 1578, le capitaine Bacon, chef de guerre huguenot, originaire de Pierrerue, détruit une grande partie des bâtiments abbatiaux.

L'abbaye est lentement restaurée, surtout à partir de 1629, après son adhésion à la Congrégation de Saint-Maur, réformant l'ordre des Bénédictins.
Le cloitre est bâti à peu de frais : les voûtes sont en plâtre et en bois ! La restauration de l'église abbatiale n'est terminée qu'en 1664.
La gravure du Monasticon Gallicanum (présentée ci-dessus) permet d'évoquer l'aspect du monastère à la fin du 17ème siècle, alors que les travaux de reconstruction sont terminés.
Au 18ème siècle, l'aile ouest de l'abbaye est modifiée pour bâtir le logement du prieur.

aint-Chinian
Médaillon du 17ème siècle, provenant de l'abbaye (aujourd'hui dans l'église paroissiale)

L'abbaye voit à cette époque son autorité définitivement remise en question. Les religieux qui revendiquent en vain des droits seigneuriaux, perdent leur procès face aux habitants. Le monastère, qui a le titre de prieur de l'église paroissiale du bourg, doit faire face au curé, qui affirme son indépendance (notamment l'abbé Paul Massip, dernier curé sous l'Ancien Régime).

L'abbaye de Saint-Chinian disparaît à la Révolution, lors de la dissolution des ordres monastiques. Son dernier abbé est Jacques Delpy de Saint-Geyrat, chanoine du chapitre de Saint-Pons, et vicaire de Mgr Bruyères-Chalabre, évêque de Saint-Pons, nommé en janvier 1789.

Les bâtiments du monastère sont vendus comme biens nationaux et achetés finalement par Catellan de Caumont, héritier des Roussel.
En 1840, Victor Fourcade acquiert l'ancienne abbaye, établit sa luxueuse résidence dans l'aile sud (façade actuelle de la mairie), tandis que les autres bâtiments sont utilisés pour l'industrie textile.
En 1855, la municipalité rachète l'ensemble et y installe ses services, ainsi que la justice de paix et la gendarmerie; une halle est établie dans l'abbatiale.

Le cloitre de Saint-Chinian
Le cloitre restauré de l'abbaye

En 2002, les bâtiments de l'ancienne abbaye sont inscrits à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Entre 2002 et 2005, ils sont restaurés avec soin; une construction moderne, la médiathèque, remplace l'aile est, détruite au 19ème siècle (ancien dortoir des moines et salle capitulaire).

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